Variations Volodine

QUATRE POÈMES EN PROSE D’ANTOINE VOLODINE

Duration : 13’

Antoine Volodine: voice
Denis Frajerman: electroacoustic tapes, keyboards, mesmeresing, tapes
Régis Codur: guitar
Eric Roger: trumpet, cornet
Jacques Barbéri: alto saxophone
Emmanuelle Franz: violin
Aurore Pingard: cello
Hervé Zénouda: zarb
Aline Lebert: voice

Produced by France Culture for Clair de Nuit broadcast in 1994 by Jean Couturier and Irène Omélianenko.
Recorded and mixed by Denis Frajerman, studio Nautilus, in 8 analog tracks.

 

LES SUITES VOLODINE (1998) CD2

Duration 62’

Jacques Barbéri: alto saxophone
Sandrine Bonnet: percussions, voice
Régis Codur: guitar
Denis Frajerman: bass guitar, keyboards, percussions, electro acoustic tapes, tapes
Marc Resconi: trombonne
Eric Roger: cornet
Hervé Zénouda: percussions

01) Un cloporte d’automne (15’)
02) Incendie dans un cimetière chinois (10’30)
03) Au loin une poutre (8’30)
04) Le Montreur de cochons (20’)
05) Les derniers grands singes (12’)

Recorded and mixed by Denis Frajerman, studio Nautilus, in 8 analog tracks.

 

DES ANGES MINEURS, ORATORIO POST-EXOTIQUE (2000) CD3

Duration : 54’

Jacques Barbéri: alto saxophone
Carole Deville: cello
David Fenech: guitar
Denis Frajerman: percussions, électric bass, keyboards, electro acoustic tapes, tapes
Hélène Frissung: violin
Daniel Palomo-Vinuesa: baryton saxophone
Laurent Rochelle: bass clarinette
Antoine Volodine: voice

01) Le Régleur de larmes (19’57)
02) Marina Koubalkaï (8’58)
03) Rachel Carissimi (22’35)

Recorded and mixed by Denis Frajerman, © Nautilia studios excepted David Fenech Laurent Rochelle, recorded by themself and Jacques Barbéri by Laurent Pernice, at the Cabanon.

At the begining created at la Cigale (Paris) 2000 for magazine Chrornic’art festival with France Culture with this personnel :

Keity Anjour: danse
Margo Berdesvky: diaporama

Jacques Barbéri: alto saxophone
Stéfano Cavazzini: drums
Denis Frajerman: bass, électro acoustic tapes, tapes.
Hélène Frissung: violin
Fanny Kobus: viola
Daniel Palomo-Vinuesa: baryton and soprano saxophones
Géraldine Ros: vocals
Antoine Volodine: voice

 

VOCIFÉRATIONS, CANTOPÉRA (2004) CD4

Duration : 70’38

Jacques Barbéri: alto saxophone
Stephano Cavazzini: drums
Carole Deville: cello
Denis Frajerman: keyboards, electo acoustic tapes, rythmes
Hélène Frissung: violin
Keny 2: sampler, additionnal rythmes
Fanny Kobus: viola
Lise N: mesmeresing
Géraldine Ros: vocals
Antoine Volodine: voice

01) Ouverture (5’)
02) I) Seizième sanglot (13’30)
03) II) Myriam Dahaliane (16’)
04) Coda 1 (4’45)
05) III) Un œil sur la lune (8’30)
06) IV) Des naines bleues (12’30)
07) Coda 2 (5’15)
08) Ouverture (clôture) (5’)

Produced by France Culture.
Recorded by Denis Frajerman, Keny 2 et Radio France, mixed at Radio France.

 

TERMINUS RADIEUX, cantopera (2015) CD5

Duration : 48’

Carole Deville : cello
Denis Frajerman: guitars
Émilie Nicot: mezzo-soprano
Justine Schaeffer: mezzo-soprano and voice

16) Kolkhoze 2 (4’13)
17) Kolkhoze 3 (2’36)
18) Eloge des camps 1 (1’25)
19) Eloge des camps 2 (3’54)
20) Eloge des camps 3 (4’05)
21) Eloge des camps 4 (2’21)
22) Eloge des camps 5 (1’39)
23) Amok 1 (9’28)
24) Amok 2 (1’52)
25) Amok 3 (1’07)
26) Amok 4 (2’05)
27) Taïga 1 (3’32)
28) Taïga 2 (2’09)
29) Taïga 3 (2’07)
30) Taïga 4 (4’48)

Recorded at Midilive studio october 26 and 27, 2020 , by Benoît Ramis and mixed by Denis Frajerman, © Nautilia studios, octobre-décembre 2020

 

LES FUGUES VOLODINE (2020) CD 6

I  l’oeuf miroir (20’)
01) Avoine Maahler(5’)
02) n’apprends pas a être (5’)
03) ne touche pas (5’)
04) ne reviens pas a l’an zero, (5’)

II le miroir de l’oeuf (20’)
05) n’existe plus ! (5’)
06) L’amie d’Avoine Maahler (5’)
07) Avoine Maahler ! (5’)
08) Deguise-toi en Avoine Maahlerr ! (5’)

Anja Frajerman: keyboards (1, 5)
Denis Frajerman: keyboards, bass, percussions, Rbox, flutes, birdcalls, électro-acoustic tapes, tapes
Laurent Rochelle: soprano saxophones, bass clarinets, arrangement

Electro-acoustic tapes from improvisation of gongs by Marc Sarrazy
Guest star Laurent Rochelle appears courtesy of Les Disques Linoleum
subheading from the book Frères sorcières d’Antoine Volodine (éditions du Seuil)

Recorded and mixed by Denis Frajerman in 24 numerical tracks march-may 2020 © Nautilia studios.
Excepted Laurent Rochelle recorded by himself.
No computer, no sequencer, no sampler.

Main sources :
Feminal vocals by Géraldine Ros
Poular poem: Nde be huulannoo mo by Laawolkisal
Chinese poem : SHI shi shi read by Wang Chao Chen
Yiddish poem write and read by Kadia Molodowsky
The poem El khanun (God of Mercy) was written by Kadia Molodowsky in 1945. It is the poem opening her 1946 collection, entitled Only King David Remained, published in New York by the Papirene brik farlag The recording of Kadya Molodowsky reading her poem is from Sheva Zucker’s CD, « The Golden Peacock: The Voice of the Yiddish Writer » (2001).

 


ENTRE EN CATALEPSIE

Variations Volodine d’Antoine Volodine & Denis Frajerman
Parlant de Koma Kapital, j’écrivais que le retour de la littérature contemporaine vers une certaine oralité la conduit parfois à se prolonger dans de véritables performances musicales, dignes de Tuxedomoon (qui influence à l’évidence aussi bien Anne-Claire Hello que Denis Frajerman, voir cet article des Inrocks).
Le coffret de six disques et un livret que publie la Volte en ce début d’année, les Variations Volodine (écoutées et lues en service de presse), en fournit une preuve supplémentaire, en retraçant le compagnonnage que le musicien Denis Frajerman a entretenu, durant vingt-six ans, avec l’oeuvre d’Antoine Volodine.
Ce qu’il y a, sans doute, de plus remarquable dans cette aventure (que le musicien lui-même considère comme l’oeuvre de sa vie, voir cette vidéo), c’est l’ambition de Denis Frajerman : non pas simplement habiller les mots d’Antoine Volodine, mais procéder à une véritable recréation, dans le monde musical, du projet mené par Volodine dans le monde littéraire, à savoir, comme l’écrivain le disait dans Chaoïd, « écrire en français une littérature étrangère » – autrement dit faire émerger dans la langue classique, en la minant de l’intérieur, une véritable langue mineure (pour reprendre le vocabulaire de Gilles Deleuze & Félix Guattari).
L’objectif de Denis Frajerman sera donc, à peu de choses près, d’écrire en France une musique étrangère, « comme si la musique allait en voyage, et recueillait toutes les résurgences, fantômes d’Orient, contrées imaginaires, traditions de tout lieu » (Deleuze & Guattari, Mille plateaux, page 120) – une musique qui ait quelque chose de ce chamanisme cher à Antoine Volodine.
Cela va passer, en premier lieu, par l’usage de procédés musicaux analogues aux procédés poétiques employés par Antoine Volodine, dont les poèmes en prose présents dans le livret offrent un excellent aperçu (pour moi, ils sont même la quintessence du style de Volodine) :
– un travail sur l’introduction de sonorités étrangères au classicisme musical occidental, tout comme Volodine use de mots rares ou inventés pour saper la langue littéraire classique (voir ma chronique sur Les Filles de Monroe, mais aussi les poèmes du livret, par exemple « Déshonneur des maîtres », page 26, « ils s’engoulevèrent tous deux dans les regorts de la seizième montagne ») ;
– un travail sur les répétitions, de brefs motif mélodiques pour Denis Frajerman, ou d’images et de mots pour Antoine Volodine (c’est particulièrement frappant dans les poèmes du livret, dont les paragraphes se font souvent écho, quand ils ne se réécrivent pas ouvertement, comme dans la boule de neige « Quatre propositions pour un rai » page 17).
Cela va aussi passer par un travail particulier sur la voix, qui suivant là encore une formulation de Deleuze & Guattari (Mille plateaux page 122), va être intégrée dans « une machine musicale qui met en prolongement ou superposition sur un même plan sonore les parties parlées, chantées, bruitées, instrumentales et éventuellement électroniques ».
C’est sans doute moins évident dans la première (brève) rencontre entre Denis Frajerman et Antoine Volodine, où les percussions (le zarb d’Hervé Zénouda) et surtout les cuivres (joués par Eric Cornet et Jacques Barbéri, qui n’est pas que producteur de mondocame) se mettent au service du côté féodal des quatre poèmes en prose lus par Antoine Volodine : les versions définitives de « Dura nox, sed nox » (page 11 du livret) et de « Justice est fête » (page 28), et les premières versions, plus courtes, de « Ecorçage du roi » (page 16) et « Adieu à la reine » (page 18).
Tout de même, Antoine Volodine lit ces quatre poèmes, pourtant plus féodaux que post-exotiques (leur ambiance, très réussie, fait parfois penser aux textes symbolistes de Marcel Schwob), avec un accent russe, qu’il ne réemploiera guère, et encore, par intermittence, que dans le cantopéra « Vociférations » : sans doute est-ce une manière, pour lui, de « minorer » sa voix, de signifier que son timbre n’est qu’un possible parmi d’autres (dans le post-exotisme naissant).
En revanche, dès les « Suites Volodines », le deuxième disque (dont on peut écouter un extrait sur le site de Denis Frajerman), la musique s’infléchit pour devenir, véritablement, post-exotique :
– les cuivres (joués par les mêmes musiciens, auxquels vient s’adjoindre Marc Resconi) se font mélancoliques ;
– les percussions s’enrichissent, via des maracas ou des sistres, d’un bruit de sonnailles chamaniques, qui se retrouvera dans « Des anges mineurs » ou dans « Les Fugues Volodine » ;
– les seules voix humaines qu’on entend ne déclament aucun texte, elles chantonnent, voire grognent (dès le premier morceau, « Un cloporte d’automne »).
Bien que Denis Frajerman se soit inspiré de passages précis de romans de Volodine (Biographie comparée de Jorian Mulgrave, Le Port intérieur, Lisbonne dernière marge), les cinq « Suites Volodine » définissent à peu près toute la palette d’ambiance employée par Antoine Volodine dans ses oeuvres – elles pourraient servir de bande-son à n’importe lequel de ses romans, quoi.
Notez au passage que Denis Frajerma emploie (dans les deuxième, troisième et sixième disques) des noms de genres musicaux connus (suite, sur idée extra-musicale ; oratorio, profane ; fugue), mais qu’il en crée aussi de nouveau (le cantopéra décliné sur les quatrième et cinquième disques) – exactement comme Antoine Volodine écrit des narrats ou des entrevoûtes à côté de ses (fort peu classiques il est vrai) romans.
Revenons-en au traitement de la voix (donc des textes d’Antoine Volodine) par Denis Frajerman, avec l’oratorio « Des anges mineurs » (troisième disque), inspiré (justement) des narrats de même nom.
Dans la chronique que je leur consacrais, j’écrivais que ces narrats se répondaient, comme autant de reflets dans un miroir, autour du narrat central : l’oratorio confirme obligeamment cette hypothèse en regroupant, dans son premier morceau, le premier narrat, ‘Enzo Mardirossian », et le dernier, le quarante-neuvième, « Verena Yong », sous le titre « Le Régleur de larmes ».
Simplement, la voix d’Antoine Volodine (sans accent russe) ne va plus primer sur la musique, qui va s’élever jusqu’à couvrir un passage entier de « Verena Yong », celui consacré à l’union du narrateur avec le personnage éponyme : l’effet rappelle irrésistiblement celui utilisé par Jean-Luc Godard au début du film Week-end ; mais plus qu’à chasser la thématique amoureuse de l’oratorio, cette « inaudibilité partielle » me semble surtout, ici, destinée à signifier le refus de tout logocentrisme (donc l’égalité de la voix avec les autres sons, que j’évoquais plus haut).
Du reste, dans le deuxième morceau, pour rendre compte de la litanie (« ici repose ») de Marina Koubalghaï (ou Koubalkaï, narrat 10), la compagne d’Artiom Vessoly, l’écrivain évoqué dans le poème « Spectre du deuxième sous-bois » (page 13 du livret), Denis Frajerman va se reposer sur la musique seule (le saxophone de Jacques Barbéri et le violon d’Hélène Frissung, notamment).
La voix d’Antoine Volodine ne va réapparaître que dans le troisième et dernier morceau de l’oratorio, qui fait écho (entre autre par sa longueur) au premier, mais avec là encore un gauchissement délibéré : alors que le morceau s’appelle « Rachel Carissimi » (narrat 35), Antoine Volodine lit un extrait de « Dora Fennimore » (narrat 45), comparable par son aspect de promenade urbaine, mais y introduisant un aspect amoureux – celui couvert par la musique dans le premier morceau.
Avec ces thématiques lyriques, et malgré son orchestration fort peu classique, « Des anges mineurs » relève bel et bien du genre de l’oratorio ; mais cette référence même aux genres musicaux classiques va s’estomper avec l’invention, par Denis Frajerman, du cantopéra, sur les quatrième et cinquième disques.
Comment comprendre ce mot-valise ? Je serai tenté de dire qu’il s’agit de la fusion entre le poème en prose (le canto cher à Ezra Pound) et l’opéra, tel que l’emblématisent des voix de femmes et un accompagnement de cordes – c’est particulièrement vrai sur le très dépouillé (mais très efficace) « Terminus radieux », où le violoncelle de Carole Deville, déjà entendu sur « Des anges mineurs » et « Vociférations », a le premier rôle, ou presque.
Sur « Vociférations » (quatrième disque, dont on peut, là encore, écouter un extrait sur le site de Denis Frajerman), les poèmes en question, récités sur toutes les plages hormis celles d’ouverture et de fermeture, sont les Slogans de Marina Soudaïeva, un des nombreux hétéronymes d’Antoine Volodine – soit une série de (réjouissants) conseils surréalistes (« Pends-toi à tes propres os », « Entre en catalepsie »), ici traités comme des motifs musicaux à part entière, intervenant au même rang donc que les autres instruments.
Sur au moins une plage, « Myriam Dahaliane », ces slogans, lus par Antoine Volodine lui-même, se retrouvent entremêlés de murmures (ceux de Lise N) et de litanies de noms propres (chantées par Géraldine Ros sur fond de musique éthérée) : cela annonce d’ores et déjà les quasi-canons qui vont se mettre en place dans « Terminus radieux ».
Venons-en justement à « Terminus radieux », cantopéra inspiré par le roman du même nom : ici, il n’y a plus de textes déclamés que dans six plages sur quinze, et ils sont lu majoritairement (cinq plages) par Justine Schaeffer (une voix d’homme intervient aussi sur deux plages, mais sauf erreur de ma part, ce n’est pas celle d’Antoine Volodine, mais celle de Denis Frajerman lui-même).
La voix est pourtant omniprésente, mais sous forme de simples syllabes psalmodiées – sur les plages titrées « Eloge des camps », l’effet me rappelle irrésistiblement la mise en musique par Hélène Martin d’un poème d’Aragon consacré à Auschwitz, mais je surinterprète sans doute.
A part la première plage, qui reprend l’épisode du scribe, les textes déclamés sont en général aussi peu narratifs que ceux de « Vociférations » : une litanie de certificats (ou de vocatifs, si vous préférez) sur la deuxième plage ; l’éloge (ironique) des camps sur la quatrième plage ; la prière à « Notre-Dame des vibrations très-chaudes » sur la sixième ; les descriptions poétiques des huitième et quinzième plages.
Sur ces huitième et quinzième plages interviennent justement les manières de canons que j’évoquais plus haut : le texte déclamé (par exemple, « elle fait théâtre » ou « des rideaux de sang, des rideaux de flamme ») est repris sur le mode chanté par une autre voix, avec un certain décalage, donc un certain brouillage – ici, ce procédé rappelle plutôt la façon dont Léo Ferré accompagne la récitation de la ballade « Frères humains » de François Villon par la chanson « L’amour n’a pas d’âge ».
Enfin, sur « Les Fugues Volodine » (le sixième et dernier disque, aussi fascinant que les cinq précédents, avec ses plages de durée égale se répondant l’une l’autre), les voix qu’on entend par moments dans la nappe sonore ne parlent même plus français, mais pulaar, chinois ou yiddish ; la musique, elle, est plus post-exotique que jamais, sur fond de gongs (Marc Sarrazy) et d’instruments à vent (joués par Denis Frajerman lui-même ou par Laurent Rochelle).
Ces poètes qu’on entend déclamer leurs textes pourraient aussi bien être, suivant les mots d’Antoine Volodine lui-même, toujours dans Chaoïd, « des voix décalées, hors de tout territoire et de toute ethnie, des voix internationalistes d’hommes et de femmes en combat contre les réalités désagréables du monde » – autrement dit, les voix mêmes qui fondent le post-exotisme.
Ce parcours que je viens d’esquisser au travers du labyrinthe des Variations Volodine, en prenant le fil d’Ariane de la voix, est certainement des plus sommaires, mais il donnera, je l’espère, un bon aperçu de la richesse de ce coffret, qui ne devrait pas intéresser que les seuls amateurs et amatrices de post-exotisme (toute personne intéressée par le rapport texte / musique devrait y trouver son compte).
Les Variations Volodine, un futur classique de la musique, à l’instar des Variations Goldberg ? Sans doute que oui, surtout si l’humanité continue sa longue agonie…

DRAME.ORG
La Volte, éditeur entre autres d’Alain Damasio et Sabrina Calvo, publie un coffret de 6 CD de Denis Frajerman autour de l’œuvre du romancier Antoine Volodine, accompagnés d’un petit fascicule. En outre un code permet de télécharger l’ensemble des 6 albums si on souhaite en profiter dématérialisé (sauf que cela ne marchait pas quand j’ai essayé).
Chronologiquement tout commence avec Quatre poèmes en prose d’Antoine Volodine enregistrés en 1994 pour France Culture. Treize minutes où l’auteur est accompagné par Frajerman (bandes, claviers), Régis Codur (gt), Eric Roger (tpt), Jacques Barbéri (sax a), Emmanuelle Franz (vl), Aurore Pingard (vlc), Hervé Zénouda (zarb), Aline Lebert (voix), musique de scène radiophonique où percussions mélodiques et petite fanfare soutiennent les roulements d’r de l’auteur féérisant.
Quatre ans plus tard, sur fond de bestiaire et d’ambiances forestières dignes de Brocéliandre, les Suites Volodine produisent des rythmes incantatoires, terme que j’ai souvent utilisé pour la musique de Frajerman, timbres rappelant le groupe Third Ear Band ou certains disques d’exotica. À Frajerman, Codur, Barbéri, Roger et Zénouda se joignent Sandrine Bonnet (perc, voix) et Marc Resconi (tb) pour cette heure purement instrumentale.
An 2000, Des anges mineurs, oratorio post-exotique, à peu près même durée, convoque le récitant, cette fois sans roulements ajoutés, mais l’orchestre constitué de Frajerman , Barbéri plus Carole Deville (vlc), David Fenech (gt), Hélène Frissung (vl), Daniel Palomo-Vinuesa (sax bar) et Laurent Rochelle (cl bs) s’impose, boucles répétitives où s’accrochent les sons animaliers des instruments. L’ombre de Moondog plane sur ce minimalisme dont l’ambiance s’inspire évidemment des textes de Volodine.

Encore quatre ans plus tard, nouvelle production France Culture, Vociférations cantopéra avec Volodine, Barbéri, Frissung, Deville, Palomo-Vinuesa auxquels Frajerman ajoute Stephano Cavazzini (batterie), Keny 2 (sampler), Fanny Kobus (va), Lise N (murmures), Géraldine Ros (chant). Plus électro, plus fantômatique, entraînant, les boucles parfois de différentes longueurs se désynchronisent pour créer la meute. Volodine est envoutant, la poésie circonlocutoire inspire l’abstraction musicale, leur cousinage profite à l’une comme à l’autre…
En 2015, la petite famille s’est dispersée. Pour Terminus radieux, cantopéra, dont le texte a valu le Prix Medicis à l’auteur, Denis Frajerman joue des guitares avec la violoncelliste Carole Deville et deux mezzo-sopranos, Émilie Nicot et Justine Schaeffer qui dit ce texte plus descriptif comme une Madame Loyal, plus difficile à suivre aussi, malgré l’accompagnement, entre évocation médiévale et néoclassicisme minimaliste à la Philip Glass, sorte d’heroic fantasy que Volodine appelle post-exotisme.
En 2020, sur Les fugues Volodine Frajerman retrouve son ambient ensorceleuse qui manquait au précédent. Il multiplie les instruments tandis qu’Anja Frajerman est aux claviers et que Laurent Rochelle joue des anches et assure les arrangements. Des extraits sonores nous plongent dans un passé cosmopolite. Plus d’ordinateur, ni échantillonneur, ni séquenceur pour cette évocation instrumentale qui clôt cette saga opératique.
J’ai tout écouté dans la foulée, deux journées, ce n’est pas Bayreuth, mais ça se tient, du début à la fin !

Jean-Jacques Birgé (Jan 2022)

RYTHMES-CROISES.ORG
Ancien membre du groupe expérimental français PALO ALTO, le compositeur et musicien Denis FRAJERMAN est l’auteur d’une prolifique carrière soliste dont une bonne partie est inspirée par l’œuvre du romancier Antoine VOLODINE. Son tout premier CD avait du reste pour titre les Suites Volodine (1998). En 2004, il y a eu aussi Vociférations, Cantopéra, avec la participation de VOLODINE en personne.  Mais Denis FRAJERMAN a réalisé au fil des ans d’autres compositions, inspirées par l’univers post-exotique, prophétique et incantatoire de l’écrivain.

Dorénavant, il est possible de découvrir (ou de redécouvrir) tout le corpus musical que FRZAJERMAN a consacré à l’œuvre de VOLODINE avec Variations Volodine, un livre-objet unique en son genre qui contient 6 CD enregistrés par Denis FRAJERMAN et un recueil de textes d’Antoine VOLODINE de 64 pages bilingue (français/anglais).

Outre les deux albums déjà cités, on trouvera donc dans ce coffret d’autres albums de FRAJERMAN inédits en CD : Quatre poèmes en prose d’Antoine Volodine enregistrés en 1994 pour France Culture, Des anges mineurs, oratorio post-exotique (2000), Terminus radieux, Cantopéra, (2015) et Les Fugues Volodine (2020).

Entre ambient hypnotique et minimalisme de chambre en passant par des réminiscences médiévalistes et des paysages électroniques, les bandes-son labyrinthiques et buissonnières de FRAJERMAN déploient une vaste palette électro-acoustiques bourrées de boucles répétitives, manifestations animalières, bruitages naturels, et autres apparitions extra-terrestres au caractère envoûtant.

Le coffret Variations Volodine vient de paraître aux éditions La Volte.

 

SALT-PEANUTS
«Variations Voldine» er et mastodontisk prosjekt, hvor Antoine Volodines prosadikt er blitt tonsatt og arrangert av Dennis Frajerman. Over ikke mindre enn seks CDer, får vi et storslagent innblikk i Volodines verden, som både kan være skremmende og fascinerende.
Antoine Volodine er født i 1950, og er pseudonymet til den russisk-franske forfatteren. Arbeidene hans involverer ofte katastrofer og har scener med avhør, og man kan føle at det vi får servert her er soundtracket til en spenningsfilm, eller en dokumentar om jordas undergang og annen styggedom. Han vant Grand Prix de l’Imaginaire i 1987. Og hans mest kjente verk, «Des anges mineurs» (Mindre engler), vant Prix du Livre Inter og Prix Wepler i 2000. Han vant Prix Médicis i 2014 for sin siste roman, «Terminus radieux» (Den strålende endestasjonen). Volodine skriver under flere navn, inkludert Lutz Bassmann, Manuela Draeger og Elli Kronauer. Han har oversatt litterære verk fra russisk til fransk, inkludert forfattere som Eduard Limonov, Arkady og Boris Strugatsky, Viktoriya Tokareva, Alexander Ikonnikov og Maria Sudayeva (som kan være et annet pseudonym for Volodines).
Denis Frajerman startet som komponist i det franske eksperimentelle bandet Palo Alto. Med en sterk interesse for litteratur og muntlighet som musiker, samarbeider han jevnlig med historiefortellere og forfattere for hørespill for radio, oratorier og plater. Han har i mange år vært sterkt knyttet til arbeidet til Antoine Volodine, og hans første soloalbum, «Les Suites Volodine» (Noise Musem/Naïve, 1999), ble direkte påvirket av Volodines forfatterskap. Volodine og Frajerman deler en smak for «hjemsøkende atmosfærer», svart humor og hekseri. Paret har også jobbet med kreasjoner: «Des Anges Mineurs», et post-eksotisk oratorium komponert for seks musikere, en sanger, en forteller, en danser og en videograf (La Cigale, 2000), og «Vociférations», en cantopera for elleve musikere, bestilt av France Cultures Radiophonic Creation Workshops i 2004.
Og det er virkelig en mastodont av en musikalsk reise vi her får være med på. Og det starter mektig med en slags blanding av klassisk musikk, jazz og musikk og resitasjon som tar oss med inn i et musikalsk landskap jeg forbinder med Phillip Glass blandet med Lourie Anderson. Og det høres virkelig ut som om dommedag er her, med mektig musikk, summing fra innsekter, fugler som flakser av gårde, og musikk som mer enn gjerne kunne vært brukt i en spillefilm.
Hele veien tas vi med inn i et musikalsk univers som både er nåtidig og gammelt, men hele tiden med nåtiden som bakteppe, og jeg må innrømme at det har vært en hard «økt» å komme seg gjennom alle seks CDene.
Volodine medvirker fra start med resitasjon, på fransk, et språk jeg ikke er veldig bevandret i, men det spiller ingen rolle, for man forstår hva det stort sett dreier seg om.
Og det er ytterst vanskelig å gi noen fornuftig forklaring på det man får høre, annet enn at det er voldsomt, spennende, kreativt og ytterst fengende. Og setter man seg ned med en og en CD, og tar seg en kaffe eller noe mellom hver avspilling, så får man en musikalsk reise som er enestående. Det er bare å lukke øynene og ta de to pluss et knippe ytterst dyktige musikere ta oss med på en reise som både inneholder besøk i det underjordiske, katastofer og musikk som fenger på samme måte som Phillip Glass og Lourie Anderson.
Det er mulig dette er Volodine og Frajermans kommentarer til hva vi er i ferd med å gjøre med jorden. Og slik synes jeg den fungerer, både med sine skrekkbilder og med den fantastiske musikken Frajerman har laget til Volodines tekster, som i stor grad mest blir et bakteppe for musikken. Tekstene og musikken kan man lese bakgrunnen for i det rikholdige tekstheftet som følger med denne boksen på seks CDer.
Jeg har jobbet meg gjennom de seks platene, fra starten med «Quatre poémes en prose d’Antoine Volodine» (Fire prosadikt av Antoine Volodine» fra 1994, «Les Suites Volodine» (Volodin-suitene) fra 1998, som kanskje er de strekkene som fascinerer meg mest, «Des anges mineurs, oratorio post exotique» (Mindre engler, post-eksotisk oratorium) fra 2000, som jeg oppfatter som den mest «søkende» delen, «Vociférations cantopéra» fra 2004, «Terminus radieux, cantopera» (Den strålende endestasjonen) fra 2015 og til de avslutter med «Les Fugues Volodine» (Volodine-fugene) fra 2020. Og hele veien slås jeg nesten i bakken av det storslagne i musikken, som ikke framføres av store ensembler, men hvor Frajerman har laget og arrangert musikken slik at virker skremmende nok med få musikere, bare de er gode nok.
Og her møter vi en gjeng musikere som har forstått hvor Frajerman og Volodine har villet med prosjektet. Og de følger instruksjonene til punkt og prikke hele veien.
Dette er blitt en av de mektigste, musikalske verkene jeg har hørt siden Carla Bley, Michael Mantler og Paul Haines storverk «Escalator over the Hill» som kom ut første gang i 1971. Musikken er strålende, musikernes bidrag enestående, og tekstene som fremføres både av Volodine, Alline Lebert og Justine Schaeffer forteller sikkert en sterk historie jeg ikke forstår noe av på grunn av det franske språket, men det spiller ingen rolle, og Shaeffers resitasjon sammen med Emilie Nicots mezzo-sopran gjør seg godt på «Terminus radieux, cantopera».
Fremragende, sterkt og seks verk som bør spilles for alle klima-skeptikere rundt om i hele verden.
(Jan Granlie)

WESTZEIT
Denis Frajerman ist ein französischer Elektroniker, dessen Band Palo Alto in den 90ern als eine Art aus der Zeit gefallene Wiedergeburt der Canterbury/Krautrock-Ära galt. Über Palo Alto kam er in Kontakt mit dem vielfach ausgezeichneten franko-russischen Literaten Volodine, der nicht nur eigene PoetikDystopien verfasst(e), sondern u.a. auch Werke der Strugazkis ins Französische übersetzt hat. Die beiden erkannten sich schnell als Brüder im Geiste und begannen eine fruchtbare Zusammenarbeit, die schon 1998 und 2004 zu ersten gemeinsamen Veröffentlichungen führte. Diese wurden nun zusammen mit weiteren, meines Wissens bis dato unveröffentlichten Kollaborationen auf insgesamt 6 CDs gepresst und mit einem schmalen Buch vom Verlag La Volte zu einem hübschen Bündel geschnürt. Der mehrfach auszuklappende Pappschuber macht schon rein optisch etwas her, aber auch inhaltlich beglückt das Ganze Freunde avancierter Klänge sehr. Frajermann spinnt seine elektronischen Kokons um Volodines Texte, die mal (z.T. auch vom Autor) gelesen, mal dramatisch inszeniert und bei den « cantopéras » « Terminus radieux » und « Vociférations » gar opernhaft arrangiert wurden. ArtRock und NeoKlassik, Minimal und ElektroAkustik oder auch RadioKunst: manchmal wirkt das wie Art Zoyd goes StrangeAmbient, manchmal wie Neues Musiktheater. Es bleibt aber tatsächlich über die volle Laufzeit immer irgendwie spannend und abwechslungsreich. Ein « post-exotic universe in words and music ». Wenn nur mein Französisch besser wäre… 5

SILENCEANDSOUND
Le jour où les chemins du musicien Denis Frajerman et de l’écrivain Antoine Volodine se sont croisés, il ont fusionné pour former de nouvelles bifurcations à la croisée de leurs mondes respectifs, post-exotisme luxuriant aux extensions tortueuses.
Variations Volodine est la compilation de 20 années de travail, soit six CD et un livret de 64 pages, voyages incessants entre les notes et les mots, les ambiances et les structures.
Les narration s’unissent pour donner naissance à une oeuvre titanesque et intrinsèquement liée, les deux artistes se retrouvant chacun chez l’autre, forme de géméllité astrale dont la quintescence se traduit dans leur parcours créatif commun.
Les mots de Volodine se voient enrobées de sonorités mondialisantes, excroissances world aux déviances permanentes, continents fanstasmés aux horizons effacés fusionnant en un territoire imprévisible aux limites sans cesse repoussées.
La puissance des deux prend toute son ampleur, lorsque les images se mettent à devenir indistinctes, bercées par une poésie étrange semblant surgir d’une époque indéfinissable, vestiges de mondes cellulaires unis par une matrice en mutation.
Variations Volodine est un concentré d’arabesques verbales et d’ofèvrerie musicale, objet sonore à l’abstraction sensuelle et à la charnalité émotive. Vital.
(Roland Torres)