vociferations

Vociférations (cantopéra)

Released: 2008

1- Ouverture
02- I) Seizième Sanglot
03- II) Myriam Dahaliane
04- Coda 1
05- III) Un Œil sur la lune
06- IV) Des Naines Bleues
07- Coda 2
08- Ouverture (clôture)

En écoute « Un œil sur la lune » (extrait)


Jacques Barbéri
 : electroacoustic saxophone
Stephano Cavazzini : drums
Carole Deville : cello
Denis Frajerman : keyboards, tapes, rythms
Hélène Frissung : violin
Keny II : sampler, additionnal rythms
Fanny Kobus : viola
Lise N : whispering
Géraldine Ros : vocals
Antoine Volodine : voice

Text by Antoine Volodine
Music composed by Denis Frajerman

« Vociférations » cantopéra commissioned and originaly created for the « Atelier de Création Radiophonique », France Culture 2004.

The world premier concert was held October 21, 2004 at « Le Lieu Unique », Scène Nationale de Nantes (France). Coordinators of France Culture’s « Atelier de Création Radiophonique » Frank Smith and Philippe Langlois.
Produced by Jean Couturier
Mastering by Eric Roger
Artwork by Denis Frajerman
Design by Fabrice Latouche`

Label : Le Cluricaun / France Culture
CL 010


L’univers d’Antoine VOLODINE est l’un des plus passionnants de la littérature contemporaine. Loin, très loin des écrivains autocentrés sur leur petit quotidien, il nous emmène dans un ailleurs indéterminé, tant géographiquement que chronologiquement, qui a bien quelque chose à voir avec la littérature fantastique, ses premiers ouvrages furent d’ailleurs publiés, comme ceux de Jacques BARBERI dans la collection Présence du Futur chez Denoël, mais dont l’originalité se déploie dans des mondes parallèles et labyrinthiques qui évoquent autant Franz KAFKA que Jorge Luis BORGES. Denis FRAJERMAN membre du collectif PALO ALTO, dans lequel officie aussi l’écrivain et saxophoniste Jacques BARBERI, bénéficiait donc d’une mitoyenneté immédiate avec Antoine VOLODINE, ce qui les amena très vite à tracer de nouveaux chemins dans leurs dédales littéraires et musicaux. Leur première collaboration fut, en 1996, la mise en onde par Denis FRAJERMAN de poèmes récités par VOLODINE sur France Culture. Puis vinrent les deux pierres angulaires de leurs oeuvres respectives, Les Suites Volodine de Denis FRAJERMAN sur Noise Museum en 1998 et Des Anges Mineurs d’Antoine VOLODINE aux éditions du Seuil en 1999.

L’aventure continue, recommence, voire ne fait que débuter. En 2004 France Culture a produit Vociférations Cantopéra, dans le cadre de ses Ateliers de Création Radiophonique.

S’inspirant cette fois de l’ouvrage Slogansde Maria SOUDAÏEVA, qu’il a traduit du russe pour les éditions de l’Olivier, Antoine VOLODINE a écrit un long poème, suite d’imprécations, douces dans leurs lentes énumérations et violentes dans leur contenu : « Même sous le feu de l’ennemi, développe des rites grandioses », « Petite soeur, avance sans frémir, petite soeur avance, frappe, ferme la matrice avant 17h16 » ou « Si ta tête se détache, ne t’alarme pas ». La voix de l’écrivain est, il faut le souligner, plutôt reposante. Il ne crie pas, ne vocifère pas, contrairement à ce que peut indiquer le titre de l’oeuvre. La vocifération se situe dans le texte même, particulièrement troublant.

Pour ce poème Denis FRAJERMAN a composé une musique pour percussions, cordes, saxophone et synthétiseur, qui est tout aussi indéfinissable. Il s’agit d’une « musique du monde », d’un monde imaginaire où l’Amérique du Sud serait à portée de voix de la Chine ; d’une musique industrielle, où les machines dialoguent avec les grenouilles et les grillons ; d’une musique instrumentale, où un saxophone libre ignore les clichés du jazz. Cette composition est tout sauf illustrative. Textes et sons s’imbriquent étroitement dans un glissement temporel surréaliste. L’aventure post-exotique continue, « après la fin de la route, reprends la route ».

— Eric Deshayes (Traverses #24)


Denis Frajerman est actif au sein des scènes françaises expérimentales et post-new wave depuis le début des années 80. Membre de plusieurs collectifs, dont Palo Alto, Polonium 84 ou le Frajerman String Quartet, il a très tôt manifesté un intérêt sérieux pour l’univers d’Antoine Volodine. Lequel Volodine est un écrivain reconnu (et à ce titre, La Femelle du Requin, revue à laquelle je participe, lui consacrait un dossier double en 2001 et 2002). D’abord cantonné par ses éditeurs dans la sphère du fantastique (et il faut remonter loin en arrière pour comprendre à quel point ce genre était considéré comme mineur), puis chantre d’un nouveau nouveau roman au sein des prestigieuses Editions de Minuit, Antoine Volodine a conquis progressivement et à son corps défendant le statut rêvé d’écrivain reconnu et culte à la fois. Denis Frajerman avait déjà rendu hommage à l’auteur de « Lisbonne Dernière Marge » par le biais d’un album instrumental : « Les Suites Volodine ». Ici, la collaboration se fait plus forte. D’abord parce que l’écrivain, ces dernières années, s’est lancé dans de multiples mises en scène et en voix de son univers : ce sont par exemple les Slogans de Maria Soudaïeva jetés sur de nombreuses scènes de théâtre ou encore la création de « Songes de Mevlido » au théâtre Garonne de Toulouse. Ce « Vocifération – cantopéra », joué pour la première fois en 2004, arrive à un moment clé dans l’oeuvre d’Antoine Volodine, après « Dondog » (et « Bardo Or Not Bardo ») et avant le lancement d’une veine plus ouvertement animalière (« Nos Animaux Préférés »). On est donc dans un entre-deux, celui qui assemble

d’un côté la politique et les récits d’exilés, emprisonnés, des factions prêtes à se battre contre une société de toutes façons trop forte et de l’autre, les métamorphoses du corps et l’irruption d’une nature plus déifiée. Les éléments naturels (couinements, cris, bruitages) sont convoqués dans des prières sourdes et des ordres de survie dans d’autres mondes. Ensuite parce que cette collaboration est un échange véritable entre deux hommes qui construisent une entité grâce à l’entremêlement de leurs deux arts. A mille lieux du slam et de la poésie action, c’est un feuilleton radiophonique (c’est une commande de France Culture), la création d’une atmosphère qui naît de la répétition évolutive des slogans où la tension dramatique s’invite dans un monde surréaliste. On oeuvre dans le shamanisme dont l’auteur se réclame régulièrement. Le saxophone s’enflamme, les claviers pèsent dans les graves, des jouets enfantins plaquent leurs accords cabossés, une cantatrice chantonne sans se savoir espionnée (« Myriam Dahaliane »). C’est une cérémonie tout autant qu’une messe du souvenir. Entendre la voix de l’auteur se dédoubler et faire corps avec les histoires ou les destins de ces êtres soudain plus réels que de coutume. Le monde tourne, les accents et mélodies captent des univers lointains, les fondent dans un même esprit baroque, entre industrielle (souffles de machines sur « Des Naines Bleues »), ambiant, néoclassique et musiques du monde en free jazz capté sur la TSF de David Cronenberg… Sublime et envoûtant.

— Sylvaïn (Obsküre)