discoVolodine

Les Suites Volodine

Released: 1998

Label: Noise museum
(Nm017 – New music series 01)
Distribution en France: Naïve
Date de sortie en France: 20 Avril 1998

01/ Un Cloporte D’Automne
02/ Incendie Dans Un Cimetière Chinois
03/ Au Loin Une Poutre
04/ Le Montreur De Cochons
05/ Les Derniers Grands Singes

En écoute « Un Cloporte D’Automne » (extrait)

Jacques Barbéri : exotique saxophone, oiseau saxophone, free trash saxophone, saxophone
Sandrine Bonnet : forêt percussions, voix
Régis Codur : électrique guitare
Marc Resconi : trombone
Eric Roger : phacochère cornet, psychédélique cornet, cornet
Hervé Zénouda : percussions

1- d’après un texte extrait de Biographie comparée de Jorian Murgrave (Editions Denoël)
2- d’après une fin probable de Le Port intérieur (Editions de Minuit)
3- d’après un texte extrait de Biographie comparée de Jorian Murgrave (Editions Denoël)
4- d’après des fragments de Lisbonne dernière marge (Editions de Minuit)

CD avec un texte inédit d’Antoine Volodine

Composé, enregistré et mixé au studio Nautilus par Denis Frajerman en huit pistes analogiques
Mastering : Philippe Perreaudin (Zéro Margin Studio)


La cause est entendue ; tout le monde sait bidouiller les machines. L’art du tripotage et de la trituration est à la portée du premier venu, pour peu qu’il sache manier l’enregistrement sauvage, le filtre, la copie et le montage. Seulement voilà, l’art des bruits est une science de l’instinct qui demande une subtilité dans l’organisation du son. Combien de bandes magnétiques, de musiques électro-acoustiques encombrent à la fois les étagères des compositeurs eux-mêmes et celles des bibliothèques sonores ? Heureusement, ce n’est pas le cas de Denis Frajerman qui, avec ses nouvelles Suites Volodine, revisite sur un plan acoustique l’univers tortueux et hautement fantastique de l’écrivain Antoine Volodine, guidé par ses livres Biographie comparée de Jorian Murgrave, Le Port intérieur et Lisbonne dernière marge. Cofondateur du groupe Paolo Alto depuis 1991, Frajerman a participé aux disques Grands succédanés (92), Trash et artères (94) et au récent Le Disque dur (sur le label Organic), il publie également des k7 (Le Cos, Extrême ponction, le nom des arbres et La Cassette : alive anthology) et compose pour la danse (Nuit d’os avec Sandrine

Bonnet, en décembre 1996), le cinéma et la vidéo (Questions d’observation pour le Centre Pompidou, en 1995). A la suite d’Albert Roussel, d’Alphonse Allais et de quelques autres, Volodine glisse parfois dans ses textes des mots totalement inconnus qui renforcent l’étrangeté du récit ; Frajerman ne procède pas autrement, son langage rumine de mystérieux objets sonores, enregistrés et retravaillés en studio. Ses rythmes rampent en dodelinant de la tête et les voix sont comme des brouillards qui s’échappent en fumée de la bouche d’une caverne. De petites mélodies s’élèvent avec candeur, accompagnées d’un cliquetis métallique ­ tels des fantômes, elles hantent un univers labyrinthique et s’évanouissent dans un souffle. Quelques éléments naturels s’engouffrent par la porte. Le vent, la pluie et quelques bruits ponctuent l’espace recomposé de ces Suites Volodine, inspirées autant par les harmonies glacées du défunt Tuxedomoon que par le carnet de voyage, onirique et capiteux, de la trilogie bowienne Low/Heroes/Lodger.

— Franck Mallet (les Inrocks – 8 Avril 1998)


On peut faire plein de choses avec un magnétophone à bandes.  » Plus qu’une remarque : une profession de foi. Les sons préenregistrées constituent en effet la matière première des compositions concoctées par Denis Frajerman. Précisons d’emblée que . Frajerman nest pas un DJ. II n utilise ni samples, ni ordinateur, mais travaille tout seul dans son salon a partir d’un bon vieux huit-pistes. C’est là qu’ont étéconçues et fabriquées ces bandes-son fabuleuses que sont Les Suites Volodine ou Macau Peplum (Noise Museum). Longues suites narcotiques qui transportent l’auditeur dans des mondes
parallèles aux tonalités africaines ou orientales. Hérissées de bruits d’insectes aux ailes vibrantes, ce sont des ambiances terrasses de soldi, des flottements engourdis dans des brumes crépusculaires, des fleuves lointains roulant leurs eaux boueuses, des barques chamarrées… Une musique dédiée tout entière au voyage et au rêve.  » Je n’aime pas trop voyager, explique le musicien, sinon dans ma tête. » A 33 ans, cet ancien bassiste et guitariste reconnaît que ses premières compositions n’étaient ni plus ni moins que  » des rêves éveillés  » :  » Je m’inventais des personnages de films, des ambiances, des histoires…  » C’était il y a une dizaine d’années, au sein de Palo Alto, un groupe plut6t confidentiel.  » On ne jouait jamais en concert, mais nos CD et nos cassettes circulaient, Un jour, on a découvert que, sans le savoir, nous étions connus et estimés d’un petit milieu. Au début, on faisait de la musique de chambre. Puis c’est devenu plus bricole, avec des bruitages enregistres sur bandes. Enfin, avec les concerts, on a commence a improviser.  » C’est aussi par un des membres de Palo Alto,

l’écrivain Jacques Barberi, que Denis Frajerman fait la connaissance d’un auteur pour lui déterminant, Antoine Volodine. « C’est un écrivain très organique, mais quand même assez lyrique. II y a dans son oeuvre une très forte présence des matières -boues, cendres, viscères -qui me fascine. Les Suites Volodine lui sont dédiées, évidemment. Je me suis contraint à un travail d’analyse des textes. J’ai constitue des dossiers sur chacun de ses livres. Et nous avons entre-tenu une correspondance très régulière. Je dois dire que j’ai pas mal transpiré sur ces morceaux! » C’est là que Denis Frajerman affine sa patte, se livrant à un minutieux mélange de musique et de bruits -vents, pluie, tempête, et surtout des bruits d’animaux et d’insectes, ces derniers exerçant sur lui une profonde fascination.  » Les animaux, je les traire comme des instruments, et en même temps je détorde les sons. Comme dans le jazz, je me dis : la, il faudrait un solo après le thème.
Et le solo, ca va être un lion ou un chacal…  » En concert, Denis Frajerman ne reproduit jamais la musique de ses disques. Accompagné de Regis Codur à la guitare, de Juliette Safady au violon alto et de Matthieu Safady au violoncelle, il joue lui-même de la basse, de la harpe malgache et du Bontempi. » Ce que nous faisons est plus direct, plus énergique que sur les disques. Même si on installe aussi de longues ambiances. Un concert, il faut que ca pulse.  » En attendant, Denis Frajerman fait des visites régulières au musée du Jardin des Plantes. »II y a des orang-outans, des crotales, des buffles… Un de ces jours, il faudra que je les enregistre, même si ce ne sont pas tout a fait les bonnes conditions.

— Hugues Le Tanneur ( Le Monde – 17 mai 2000)